Françoise Docquiert

Terencio Gonzalez est un artiste rare, en constante réflexion autour de sa pratique qui, au cours des années, a trouvé maturité et force. Au départ, à l’Ecole des Beaux Arts de Paris – il en est diplômé -, il s’enrichit du répertoire de Jean Michel Alberola dont il est l’élève. Il y apprend l’importance du détail et de la couleur.

Un peu plus tard, en lien avec ses origines argentines et à partir de fonds d’affiche de concert, il pose sur la toile une riche panoplie sémiotique et multiplie les implications formelles et chromatiques. Il se tourne alors et de manière définitive vers l’abstraction tout en privilégiant le contact avec les couleurs multiples, franches et puissantes. Il travaille pendant presque dix ans sur ces séries avec le souci d’aller jusqu’au bout pour en extraire une présence immédiate et latente de la matière. 

Aujourd’hui, l’artiste s’est défait de ces supports de papier recyclés pour s’immerger directement sur la toile. Ses toiles sont le résultat d’une longue tension entretenue comme une respiration qui toujours se déploie plus loin, plus loin encore. On y trouve de belles alliances picturales où, peu à peu, le détail apparait, la couleur envahit très doucement la toile et allie la transparence à la densité des teintes. Des inter-espaces se créent, bousculant la vitesse de l’œil et installent une aspiration de couleurs et de traits dans lequel le regard se perd. La force du travail de Terencio Gonzalez est de maintenir ensemble une double intensité de lignes et de couleurs où le blanc du fond de toile surgit parfois dans cette interférence du sens et de la perception. 

Dans les dernières oeuvres, l’artiste expérimente le thème de la spécificité de la peinture jusqu’à l’effacement. L’espace immaculée de la toile préparée, tendue par lui-même sur chassis, reçoit la couleur qu’il projette sur le tableau. On y voit apparaitre des couches plus légères ou plus denses, une superposition et un mélange de couleurs qui brise l’apparente tranquillité de l’œuvre. La lumière, au cœur de son travail, y surgit dans la matière, conjuguant fragilité et puissance. Toute la structure de l’œuvre est pratiquement changeante, ou plutôt insaisissable. L’artiste joue une partition où l’erreur, le grain, la texture sont pris en compte sans en changer la direction première.    

Terencio Gonzalez affirme là l’originalité d’une attaque de la forme par la couleur. En regardant ses peintures, le regard se trouble, se perd dans l’ambivalence couleur/matière où l’écriture picturale revendique son autonomie. Le tableau est vivant, à la manière d’une poésie jaillissante, riche de complexités et conduite par une main talentueuse. 

                                                            Françoise Docquiert